Conférence de printemps du 6 juin 2019

Le 6 juin 2019 aura lieu notre conférence de printemps à Paris à la Maison de la Vie Associative et Citoyenne du 14e (voir ci-jointe).

Georges Brandstatter : Passeur de Mémoire, artiste peintre, diplômé de l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers, Belgique

Combattants juifs dans les armées de la Libération, 1939-1948, témoignages

Roger Bensadoun : Ancien praticien hospitalo-universitaire

Henri Bendasoun, médaillé de la Résistance, officier de l’armée de l’Air, juif et franc-maçon : toute une Histoire

Vous voudrez bien confirmer votre présence à la conférence à contact@compagnons8nov1942.org

 

 

Cérémonie pour toute la Résistance au Mont Valérien le 25 mai 2019

Le 25 mai 2019 sera célébrée au Mont Valérien la Résistance, toute la Résistance (voir ci-joints  l’appel et les moyens d’accès). Nous serons présents au nom des Compagnons du 8 novembre 1942, avec ce drapeau fabriqué en leur mémoire. Le logo du drapeau est repris du logo originellement utilisé par l’Association de la Libération Française du 8 Novembre 1942, qui avait été créé par Louis Bénisti, artiste peintre et ami de Camus. Jean-Pierre Bénisti, son fils, nous a légué les initiales de son père pour les mettre sur le drapeau au coin inférieur droit du logo (voir document joint).

Venons nombreux pour rappeler à l’Histoire cette partie de la Résistance, qui permit un tournant peu connu, mais décisif dans la Seconde Guerre mondiale, le premier débarquement allié réussi en terre française.
Vous voudrez bien indiquer votre participation en envoyant un courriel à contact@compagnons8nov1942.org

 

Témoignage de Maître Annie Brunswick-Schmidt

(Avec autorisation de l’auteure)

J’avais 13 ans au moment du débarquement et tout ce que je puis vous narrer, c’est que prévenue par Paul Molkhou la veille au soir de ce qu’il se passerait quelque chose dans la nuit, lorsqu’après que les sirènes aient retenties, vers six heures du matin, nous nous sommes installés sur notre terrasse qui donnait sur le port et avons vu, dans sa direction , s’avancer une énorme masse noire.

Lorsqu’elle était au port, nous avons réalisé qu’il s’agissait d’un navire, nous avons entendu des voix et avec des jumelles nous avons pu reconnaitre un drapeau anglais.

Il est resté au port toute la journée, mais hélas à six heures du soir, suite à des tirs venant du Fort L’Empereur il a dû repartir.

Puis le soir, le port a été bombardé. Nous avons donc pensé que le débarquement avait échoué, mais de fait le lendemain matin nous avons heureusement appris le contraire.

C’était un lundi, je me suis rendue au Lycée Fromentin sur les hauteurs d’Alger, espérant que la joie éclaterait mais rien n’était changé, le lever des couleurs en présence d’un légionnaire s’est tenu comme à l’habitude.

Écoeurée, je me suis sauvée, et, arrivée dans les rues d’Alger, c’était la liesse, soldats anglais ou américains les parcouraient en jeeps ou camions, jetant des cigarettes ou des boîtes de « corned beef »  aux civils subjugués.

De retour à mon domicile, j’ai entendu le message du Général Giraud : « Les Forces allemandes avaient l’intention d’envahir l’Algérie, nous les avons devancées ».

Cercle de lecture vendredi 26 octobre 2018 à Paris

Les Compagnons du 8 Novembre 1942

Actes de Résistance – Mémoire et Recherche

Compte-rendu 

Cercle de lecture 

Vendredi 26 octobre 2018

À la MVAC du 14e à Paris

Présents : Jean-Pierre Bénisti, Elsa Calando, Nicole Cohen-Addad, Francine Conchondon, Kejandro Sierra, Liliane Temime-Girard, Pierre Uzan, Marc Vimont

Deux livres ont été présentés :

Les Américains en Algérie, 1942-1945, Alfred Salinas (Éd. L’Harmattan, 2013)

Juifs et Musulmans en France, le poids de la fraternité, Ethan Katz (Bélin Éditions, 2018)

LES AMÉRICAINS EN ALGÉRIE

1942-1945

Présentation : Marc Vimont

Ce volumineux ouvrage de près de 400 pages paru aux éditions L’Harmattan en 2013 est venu opportunément combler une importante lacune dans l’historiographie de la seconde guerre mondiale. Fruit d’un méticuleux travail de recherches de l’auteur, notamment dans les archives gouvernementales de Washington, les témoignages écrits ou oraux des nombreux protagonistes, ainsi que dans les journaux de l’époque, il retrace de façon complète, exhaustive, les trois années de présence américaine en Algérie entre

1942 et 1945.

Il n’est pas possible de résumer un ouvrage aussi détaillé et circonstancié. Fort heureusement son découpage en chapitres et sous-chapitres facilite grandement la recherche et la lecture. Le plus remarquable dans cette étude historique est la rigueur

avec laquelle elle a été conduite. Toutes les sources dans lesquelles l’auteur a puisé sont référencées et justifiées en fin de chaque chapitre. Toujours attentifs aux menus détails et avec un goût marqué pour les traits d’atmosphère, Alfred Salinas déroule, chapitre

après chapitre, la chaîne des événements militaires, politiques, diplomatiques survenus en Algérie entre le moment clé du débarquement des alliés en novembre 1942 et la signature de l’Armistice du 8 mai 1945 à Berlin. Concernant la grave crise militaire qui accompagna l’opération Torch, il décrit les combats meurtriers qui ont opposé les troupes vichystes aux forces anglo-américaines à Oran, sa ville natale, et au Maroc, tandis qu’à Alger l’effusion de sang a pu être évitée grâce à l’action du « Groupe des Cinq » appuyé par une petite armée de jeunes résistants algérois, avant tout anti-vichystes.

Ces combats fratricides, heureusement, ne vont pas durer. On assiste assez rapidement à un retournement de la situation. Le clan vichyste du commandement français se rend à la raison et décide de ne plus traiter les Américains en ennemi. Qui plus est, il va se projeter dans une coopération avec l’objectif de rentrer à nouveau dans la guerre à leurs côtés. Alger, durant les trois années de présence américaine, a été le théâtre d’un affrontement d’un tout autre ordre, politique celui-là. 

Ce qu’on a appelé la guerre des chefs entre de Gaulle et Giraud est fort bien racontée par Alfred Salinas. Alors que Churchill soutenait politiquement et financièrement de Gaulle, le Président Roosevelt avait dès le départ choisi Giraud comme son champion. Le chef de la France libre n’était pas bien en cour à Washington. Aussi, lorsque dès son arrivée en Algérie, le 30 mai 1943, il fit connaître son intention de devenir le président unique de l’instance créée avec Giraud sous le nom de Comité français de libération nationale (CFNL), il mécontenta fortement le Président américain qui jugea inacceptable ses exigences politico-militaires. 

Une clarification s’imposait sur le partage des responsabilités entre les deux généraux français. Réuni en vue de rechercher un compromis, le Comité national ratifia finalement la position américaine. Giraud était confirmé dans ses fonctions de commandant en chef de l’armée d’Afrique ; de Gaulle, quant à lui, obtenait le commandement des autres forces continentales, dont celle de la résistance. L’accord validait purement et simplement la situation de fait existant. Mais, remarque Alfred Salinas, les services d’information de la France libre se chargèrent de faire de de Gaulle un héros pour avoir défié la super-puissance américaine. Il faut rappeler à ce sujet que le mouvement de la France libre disposait d’une heure d’antenne à la BBC chaque jour et alimentait largement les actualités filmées de l’époque en images sur les événements

d’Afrique du Nord. 

Ainsi, de Gaulle dut s’accommoder encore pour quelque temps de la coprésidence du CFLN. Mais dès que les circonstances lui parurent plus favorables, lorsqu’il sentit le soutien des Américains à son rival moins affermi, il repassa à l’offensive. Insensiblement, observe Salinas, la machine gaulliste grignota les positions de pouvoir … Jusqu’au coup d’estocade final : le 9 novembre 1943, soit un an après le débarquement des alliés, Giraud et ses partisans étaient exclus du CFLN.

 JUIFS ET MUSULMANS EN FRANCE

    LE POIDS DE LA FRATERNITE

      Présentation: Nicole Cohen-Addad

Ethan Katz nous invite à partager avec cet ouvrage les fruits de dix années de recherches érudites sur les relations entre juifs et musulmans, dans l’espace colonial d’Afrique du Nord d’abord, puis après les indépendances, sur le territoire de la métropole.

Comment ces deux groupes ont-ils co-habités ? Il se dégage de cette grande enquête, qui couvre près d’un siècle, l’idée dominante que la tendance à réduire des catégories de Français à leurs seules identités culturelles ou religieuses est récente. Ce sont successivement la question coloniale en Afrique du Nord, puis le conflit israelo-palestinien au Proche-Orient qui ont développé des ferments de discorde et creusé un fossé entre juifs et musulmans.

À titre d’exemple, Ethan Katz décrit et analyse comment la coexistence entre communautés, de fraternelle qu’elle était, est passée à une opposition marquée, sous l’effet de ces événements, dans trois grandes agglomérations urbaines : Paris, Strasbourg et Marseille.

Entre informations statistiques, témoignages personnels, extraits d’articles de presse, l’historien américain nous livre une étude équilibrée et tout en nuances sur les interactions qui ont transformé au fil du temps les relations entre juifs et musulmans.

Regrettons cependant qu’un facteur important ait été passé sous silence par l’auteur : l’influence de l’islam importé de l’Arabie Saoudite ou du Qatar en France.

L’amiral sera mort avant la Noël !

L’amiral sera mort avant la Noël ! 

Témoins historiques ou de filiation

Ⓒ Nicole Cohen-Addad

Date de publication : 7 janvier 2019

 

L’amiral François Darlan est, selon les perspectives, exécuté ou assassiné, le 24 décembre 1942 à Alger au Palais d’été par Fernand Bonnier de La Chapelle.

En analysant des extraits d’archives écrites et orales nous essayons de reconstituer les pensées et les faits des protagonistes et autres acteurs historiques autour de cet évènement.

Cette présentation est déroulée en cinq actes : Churchill (en anglais), Churchill (en français), Geoffroy Dastier, Mario Faivre, suivi des commentaires de Geoffroy Dastier sur la description des faits et analyses de Mario Faivre.

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Décembre 1942, Churchill à Roosevelt

Extraits de missives de novembre et décembre 1942 de Winston Churchill à Franklin Delano Roosevelt1

Letters from Winston Churchill to Franklin Delano Roosevelt, November and December 1942

November 17 : « I ought to let you know that very deep currents of feeling are stirred by the arrangement with Darlan. The more I reflect upon it the more convinced I become that it can only be a temporary expedient justifiable solely by the stress of battle. We must not overlook the serious political injury which may be done to our cause, not only in France but throughout Europe, by the feeling that we are ready to make terms with the local quislings. Darlan has an odious record. It is he who has inculcated in the French Navy its malignant disposition by promoting his creatures to command. It is but yesterday that French sailors were sent to their death against your line of battle off Casablanca and now, for the sake of power and office, Darlan plays the turncoat. A permanent arrangement with Darlan or the formation of a Darlan government in French North Africa would not be understood by the great masses of ordinary people whose simple loyalties are our strength ».


And in another letter the same day: « Thank you so much for your statement about Darlan. This puts it all right for us ».


November 18 : « Your public statement about Darlan has settled the matter in the best possible way. I am as anxious however as you and Eisenhower that we should profit to the full in the actions which are impending by French cooperation. Also fully recognize that if Darlan and company render real services during the operations these would naturally count in their favour. I feel pretty sure we are looking at it from exactly the same point of view ».


November 20 : « As regards Darlan statements published have had unsettling effect on local French leaders and it would be dangerous to go further on those lines. Nogues has threatened to resign and as he controls Morocco population results of such a step might be far reaching. From point of view of securing French cooperation and stabilising situation nothing could be worse than impression that we were merely using leaders to discard them as soon as they have served our purpose. There can be no doubt that Darlan and his friends have burnt their boats and are doing their best to fight the Axis and consolidate French behind us in this fight. French are cooperating in non combatant tasks and even in fighting on small scale, but their fighting value is at present low for want of proper arms. Darlan was not Eisenhower’s choice but that of other French leaders some of whom were his enemies and our strong supporters and who all agreed that his leadership in cooperation was essential for our operations. It would be great mistake to create impression that he is to be discarded at early date. Military situation may call for his retention for fairly long period and meanwhile impression to contrary should not be publicly created. [….] I think it would be wise to pass on to President Roosevelt my strong impression that further anti Darlan statements might be harmful to our cause, and indeed are not called for ».

November 20 : a letter that seems to come from the American side, without header nor signature : « The president desires to keep the entire arrangement on a purely military rather that a diplomatic or political basis. He does not desire to elevate Darlan to a position of a national plenipotentiary. A copy of the forgoing has been furnished to the Prime Minister ».


November 22 : « General De Gaulle wished on November two one to broadcast, through the BBC, the following statement (see my next telegram) denouncing the maintenance of the Vichy regime in North Africa. I felt that, in view of impending operations, I should not allow anything that might compromise arrangement made by Eisenhower with Darlan or prejudice the military situation. I accordingly vetoed the broadcast, which will not now be made ».

December 2 : « Do not be disturbed about the rogue Darlan. We have thrown a large Anglo-American Army into French North Africa and are getting a very firm grip ».


December 19 : the last time that Churchill mentions Darlan :
« While of course we should all like to get Godfroy and his squadron over, we have waited for two years or more and there cannot be any particular hurry for a day or two or even a week or two. We are bound to get him in the end. I therefore hope that no promise will be made tying us up with Darlan till the end of « active hostilities ». I should have to consult War Cabinet before I could agree in the name of his Majesty’s Government. With time and patience the Godfroy problem will straighten itself out in Alexandria. I should therefore be grateful if you will let me know your wishes before taking any irrevocable decision ». 

December 22 : »Yes, certainly; the sooner the better. I am greatly relieved. It is the only thing to do. All arrangements will be made on the basis that it is a staff meeting only. Suggested code name Symbol ». 

December 23 : Churchill proposes that MacMillan become the political representative of His Majesty’s government with Eisenhower, to establish a kind of parallel with Murphy. « I think this is most urgently necessary as from all I hear the tangles of local French politics and their world implications force themselves into the first place in the military mind and might well become detrimental to operations ».

The wishes on December 25 are quite light. They do not mention Darlan’s execution. 


There is no letter on December 26. 


December 27: 
« As I told Harry I had already asked United States Headquarters London to delay plane which was carrying De Gaulle for forty eight hours as it is essential to see how Torch situation develops. De Gaulle sent on twenty fifth through American Embassy message repeated in my immediately following to Giraud. It seems to me that we ought to try above anything to bring them all together and have some French nucleus solid and united to work with. I am seeing De Gaulle today and will cable you further.
I am sure that North African settlement cannot be held up for « Symbol ». We have received news that Kingpin has been unanimously elected High Commissioner and C in C by the French group of notabilities. I have already informed Eisenhower that so far as we are concerned we entirely agree with this solution ».

Another document the same day is the message of de Gaulle to Giraud. It is the only message in this set of archives that mentions « the assassination », without mentioning the name of the assassinated.

December 28: « I had some long talks yesterday with Generals De Gaulle and D’Astier, the latter just returned from Algiers. De Gaulle holds it of first importance to create a strong, united, national French authority. He is anxious to meet Giraud, in whom he sees the commander who will lead the French troops to the liberation of France after North Africa has been cleared. He considers that Giraud is more suited for military than for political functions. He is quite ready to work with Nogues but apparently less so with Boisson, though I cannot think he would be obstinate about it. I must say I strongly favor a meeting between De Gaulle and Giraud as soon as possible, before rivalries crystallize ».

December 30: « I sent Brigadier Jacob to North Africa on Christmas Day to consult with generals Eisenhower and Smith about arrangements for Symbol. Jacob has now telegraphed that they have found admirable accommodation and that general Smith who is in full agreement is telegraphing the results of their reconnaissance to you ».

December 31: « I need not say how much I am looking forward to Symbol […] ».

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17 novembre : « Je devrais vous informer que les arrangements relatifs à Darlan agitent des vagues de sentiments très houleux. Plus j’y réfléchis, plus je suis convaincu qu’il ne peut s’agir que d’un expédient temporaire justifiable uniquement par le stress de la bataille. Nous ne devons pas négliger les graves préjudices politiques qui peuvent être affligés à notre cause, non seulement en France, mais dans toute l’Europe, par le sentiment que nous sommes prêts à conclure des accords avec les collaborateurs  locaux. Darlan a des antécédents déplorables. C’est lui qui a inculqué à la marine française son caractère malveillant en promouvant ses « créatures » au commandement. C’était seulement hier que des marins français ont été envoyés à la mort contre votre ligne de bataille au large de Casablanca et maintenant, pour des raisons de pouvoir et de stature, Darlan retourne sa veste. Un arrangement permanent avec Darlan ou la formation d’un gouvernement Darlan en Afrique du Nord française ne serait pas compris par les grandes masses de gens ordinaires dont la simple loyauté est notre force « .

Et dans une autre lettre du même jour: « Merci beaucoup pour votre déclaration à propos de Darlan. Cela nous convient parfaitement ».

18 novembre : « Votre déclaration publique sur Darlan a réglé la question de la meilleure façon possible. Je tiens cependant, comme Eisenhower et vous-même, à ce que nous tirions pleinement parti des actions imminentes de la coopération française. Reconnaissez également pleinement que si Darlan et compagnie fournissaient de vrais services pendant les opérations, ceux-ci compteraient naturellement en leur faveur. Je suis persuadé que nous examinons la question sous le même angle « .

20 novembre : « En ce qui concerne Darlan les déclarations publiées ont perturbé les dirigeants français locaux et il serait dangereux d’aller plus loin dans cette direction. Noguès a menacé de démissionner et, alors qu’il contrôle la population marocaine, les résultats d’une telle démarche pourraient être considérables. En ce qui concerne la coopération française et la stabilisation de la situation française, rien ne peut être plus grave que de donner l’impression que nous utilisions simplement les dirigeants pour les rejeter dès qu’ils ont atteint notre objectif. Il ne fait aucun doute que Darlan et ses amis ont brûlé leurs bateaux et s’efforcent de combattre l’Axe et de consolider les Français derrière nous dans ce combat. Les Français coopèrent dans des tâches non-combattantes et même dans des combats à petite échelle, mais leur valeur au combat est actuellement faible faute d’armes appropriées. Darlan n’était pas le choix d’Eisenhower,  mais celui d’autres dirigeants français dont certains étaient ses ennemis et nos puissants partisans et qui ont tous convenu que son leadership dans la coopération était essentiel pour nos opérations. Ce serait une grave erreur de donner l’impression qu’on doive s »en débarrasser de si tôt. La situation militaire peut exiger sa rétention pendant une période assez longue et, dans l’intervalle, aucune impression du contraire ne doit être créée publiquement. […] Je pense qu’il serait sage de transmettre au président Roosevelt ma forte impression que de nouvelles déclarations anti-Darlan pourraient nuire à notre cause et ne sont en fait pas de mise « .

20 novembre : une lettre qui semble venir du côté américain, sans en-tête ni signature : « Le président souhaite maintenir l’ensemble de l’arrangement sur une base purement militaire plutôt que sur une base diplomatique ou politique. Il ne souhaite pas élever Darlan à un poste plénipotentiaire national. Une copie de ce qui précède a été remise au Premier ministre « .

22 novembre : « Le général De Gaulle souhaitait le deux novembre diffuser, par l’intermédiaire de la BBC, la déclaration suivante (voir mon prochain télégramme) dénonçant le maintien du régime de Vichy en Afrique du Nord. J’ai senti que, compte tenu des opérations imminentes, je ne devrais rien tolérer qui puisse compromettre l’arrangement conclu entre Eisenhower et Darlan ni nuire à la situation militaire. J’ai donc opposé mon veto à l’émission, qui ne sera donc pas actualisée « .

2 décembre : « Ne vous inquiétez pas à propos de ce voyou de Darlan. Nous avons jeté une grande armée anglo-américaine en Afrique du Nord française et nous sommes en train de prendre le contrôle de manière très ferme ».

19 décembre : la dernière fois que Churchill a mentionné Darlan : « Bien sûr, nous aimerions tous avoir Godfroy et son escadron, mais nous attendons depuis deux ans ou plus et rien ne nous presse d’attendre encore un jour, deux ou même une semaine ou deux. Nous sommes tenus de le faire nous rejoindre au bout du compte. J’espère donc qu’aucune promesse ne sera faite pour nous lier avec Darlan avant la fin des « hostilités actives ». Je devrais consulter le Cabinet de guerre avant de pouvoir me mettre d’accord au nom du gouvernement de Sa Majesté. Avec le temps et la patience nécessaires, le problème de Godfroy va se résoudre en Alexandrie. Je vous serais ainsi reconnaissant de bien vouloir me faire connaître vos souhaits avant de prendre une décision irrévocable « .

22 décembre : « Oui, certainement ; le plus tôt sera le mieux. Je suis très soulagé. C’est la seule chose à faire. Tous les arrangements seront pris sur le principe qu’il s’agit uniquement d’une réunion de personnel. Nom de code suggéré Symbol ». 

23 décembre : Churchill propose que MacMillan devienne représentant politique du gouvernement de Sa majesté auprès d’Eisenhower, pour établir une sorte de parallèle avec Murphy. « Je pense que cela est absolument nécessaire étant donné que de tout ce que j’entends les impasses de la politique française locale et leurs implications mondiales prennent de force le premier rang dans l’esprit militaire et pourraient bien devenir préjudiciables aux opérations « .

Les voeux du 25 décembre sont assez légers. Ils ne mentionnent pas l’exécution de Darlan.

Il n’y a pas de lettre le 26 décembre.

27 décembre : « Comme je le disais à Harry, j’avais déjà demandé aux Quartiers Généraux des États-Unis à Londres de retarder l’avion qui transportait De Gaulle pendant quarante-huit heures, car il était essentiel de voir comment évoluerait la situation Torch. De Gaulle a envoyé le vingt-cinq à travers l’Ambassade américaine un message transféré immédiatement à Giraud. Il me semble que nous devrions avant tout essayer de les réunir et de créer un noyau français solide et uni avec lequel travailler. Je vois De Gaulle aujourd’hui et je vous transmettrai un câble supplémentaire.

Je suis sûr que le règlement de la situation nord-africaine ne peut être mis en attente pour « Symbol ». Nous avons appris que Kingpin avait été élu à l’unanimité haut-commissaire et C en C par le groupe français de notabilités. J’ai déjà informé Eisenhower qu’en ce qui nous concerne nous sommes entièrement d’accord avec cette solution « .

Un autre document du même jour est le message de De Gaulle à Giraud.C’est le seul message dans ces archives qui mentionne « l’assassinat », sans mentionner le nom de l’assassiné.

28 décembre : « J’ai eu de longs entretiens hier avec les généraux De Gaulle et D’Astier, ce dernier de retour  d’Alger. De Gaulle considère qu’il est primordial de créer une autorité nationale française forte et unie. Il est impatient de rencontrer Giraud , en qui il voit le commandant qui conduira les troupes françaises à la libération de la France après la libération de l’Afrique du Nord. Il considère que Giraud est plus adapté aux fonctions militaires qu’à des fonctions politiques. Il est tout à fait prêt à travailler avec Noguès, mais apparemment moins avec Boisson, bien que je ne puisse penser qu’il serait obstiné à ce sujet. Je dois dire que je suis tout à fait en faveur d’une rencontre entre De Gaulle et Giraud le plus tôt possible, avant que les rivalités ne se cristallisent.

30 décembre : « J’ai envoyé le brigadier Jacob en Afrique du Nord le jour de Noël consulter les généraux Eisenhower et Smith au sujet des dispositions prises pour Symbol. Jacob a maintenant télégraphié qu’ils avaient trouvé un hébergement admirable et que le général Smith, qui est entièrement d’accord, est en train de vous télégraphie les résultats de leur reconnaissance ».

31 décembre : « Je n’ai pas besoin de dire combien j’ai hâte de voir Symbol […] ».

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Décembre 1942, Geoffroy d’Astier, petit-fils de François d’Astier de la Vigerie

Extraits du site internet de Geoffroy Dastier, avec son autorisation

La trahison2  

« En septembre 1939, François d’Astier de La Vigerie est placé par le général Gamelin à la tête de la zone d’opérations aériennes du Nord qui comprend les principales forces aériennes françaises. Il fait la connaissance de l’amiral Darlan à l’occasion de réunions organisées par le généralissime […].

En mai et juin 1940, François d’Astier dirige la bataille aérienne de France. Dès la fin du mois de mai, comprenant que la bataille est perdue, il étudie les modalités d’un repli et d’un déploiement de l’aviation en Afrique du Nord afin de continuer la lutte. Il rencontre le 8 juin à Maintenon l’amiral Darlan […]. Darlan lui dit : Une capitulation serait une abdication honteuse. Pour ma part, j’ai déjà donné mes ordres, et quoi qu’il arrive, la flotte française continuera à se battre, dût-elle le faire sous pavillon britannique….Dans la nuit du 14 au 15 juin, François d’Astier revoit l’amiral Darlan à Montbazon. Celui-ci lui confirme son appui….Au cours de la journée du 15 juin, à Bordeaux où s’est replié le gouvernement, François d’Astier reçoit un accueil favorable de Georges Mandel, ministre de l’Intérieur, qui souhaite lui aussi poursuivre la lutte ». Paul Reynaud démissionne le lendemain, et est remplacé par Pétain, qui choisit Darlan comme ministre de la Marine. Une quatrième rencontre a lieu entre lui et Darlan le 17 juin 1940 : « Comme le général d’Astier lui rappelait leur projet commun de continuer la lutte et lui demandait d’en poursuivre l’exécution, l’amiral lui répondit qu’il n’en était plus question. Et comme le général, n’en croyant pas ses oreilles, insistait : « Mais amiral, hier encore vous me disiez… » Darlan coupa d’un cynique : « Hier, oui. Aujourd’hui, je suis ministre. » 

« François d’Astier est relevé de son commandement et le général Pujo, le nouveau ministre de l’Air, menace de le faire arrêter s’il ne se soumet pas aux nouvelles autorités et le somme de se rendre à Rabat pour y prendre le commandement de la région aérienne du Maroc, une manière de l’éloigner ». Il atterrit à Rabat le 22 juin 1940, jour de l’armistice. « Darlan a décidé de le faire étroitement surveiller par les Services de renseignements ». Après le drame de Mers el-Kébir le 3 juillet 1940, « Darlan décide d’organiser une opération de représailles contre la flotte britannique en Méditerranée et ordonne à François d’Astier d’attaquer avec l’aviation les navires anglais stationnés à Gibraltar. Bien entendu il refuse d’obéir à cet ordre insensé dont l’exécution entraînerait la guerre entre la France et la Grande-Bretagne. Darlan, furieux, s’adresse alors au général d’aviation Bouscat qui accepte de déclencher les opérations de représailles, mais Pétain, sous la pression du roi de Belgique, Léopold III, décide au dernier moment d’annuler l’attaque…Le 27 juin, François d’Astier avait pris dans son état-major l’officier-aviateur Pierre Mendès France qui venait de débarquer du « Massilia« , croiseur choisi par l’amiral Darlan pour transporter les parlementaires jusqu’en Afrique du Nord. Or, le 25 juillet, Mendès France apprend par une dépêche de l’agence Havas qu’il va être traduit devant un tribunal militaire pour « abandon de poste devant l’ennemi » (« machination orchestrée par Darlan »). François d’Astier refuse de signer le mandat d’informer contre Mendès-France. François d’Astier est relevé de son commandement. Mendès-France peut être à présent arrêté, se retrouve à la prison de Casablanca, puis transféré à celle de Clermont-Ferrand. François d’Astier fait des dépositions en France les 7 et 27 novembre 1940. Le juge chargé par Darlan de l’instruction demande son aide à Bergeret, nouveau secrétaire d’État à l’aviation. François d’Astier reçoit de lui en janvier 1941 un rapport des Services de renseignements du 6 août 1940 le traitant de « général d’Astier de la Juiverie » sous prétexte qu’il fréquente la famille Rotschild. Le procès de Mendès-France a lieu le 9 mai 1941. Il est condamné à six ans de prison.

François d’Astier arrive à Londres le 18 novembre 1942. Dans un télégramme au général Larminat et au général Koenig, le général de Gaulle écrit : « Le général d’Astier de La Vigerie déclare que tout le monde en France est unanime sur les deux points suivants : Darlan est un traître qui doit être liquidé. Giraud a le devoir de se rallier à la France combattante ». Dans les jours suivants François d’Astier donne des conférences de presse à Londres. « Le général d’Astier de La Vigerie a exprimé son mépris à l’égard de Laval mais s’est montré encore plus sévère au sujet de Darlan en déclarant : « La trahison d’un officier doit toujours être jugée sur d’autres bases que celle d’un homme politique. (Daily Sketch, 26 novembre 1942.) » « L’Afrique du Nord a été mise entre les mains de l’homme le plus haï et détesté de France. (Daily Mirror et Daily Express, 26 novembre 1942.) » 

Le complot monarchiste

« François convainc le général de Gaulle d’entrer en contact avec son frère Henri à Alger ». Henri crée les Corps Francs d’Afrique le 11 novembre 1942, 3 jours après le débarquement. Il a des contacts avec des officiers anglais, qui seront très actifs pour la formation et le ravitaillement de ses Corps Francs (French Commandos). Les jeunes recrues viennent de tous horizons, des Chantiers de Jeunesse, d’autres qui étaient trop jeunes pour participer aux actions du 8 novembre, ainsi que quelques participants du « coup d’Alger ». Henri a aussi reçu une aide importante « d’un de ses amis, Yves de Mangeat-Mens qui met à sa disposition un important domaine agricole situé au Cap Matifou….Henri d’Astier étudie ls moyens écarter Darlan du pouvoir. Il est au gouvernement en tant que secrétaire-adjoint à l’Intérieur et responsable de la police et des services de renseignements. Un de ses amis, Alfred Pose, est ministre des Finances et un autre, Marc Jacquet, chef de cabinet de Pose.

« SECRET LE PLUS ABSOLU. Il m’a été affirmé à Gibraltar que d’Astier de La Vigerie qui serait auprès de Darlan aurait à vous proposer une combinaison susceptible d’écarter l’Amiral et de réaliser une coordination. Un télégramme par voie anglaise aurait demandé une rencontre avec d’Astier à Gibraltar. Ȇtes-vous au courant ? signé : Catroux (15 décembre 1942). Réponse faite par le Général : oui ».

Henri d’Astier a fait venir le comte de Paris du Maroc à Alger.  Il est installé chez lui à partir du 16 décembre. Il reçoit tout un monde à qui il promet un poste dans son nouveau gouvernement…

Henri d’Astier avait en tête un rôle de rassembleur et non de prétendant pour le comte de Paris. « Henri d’Astier, monarchiste de toujours, en vint à dire que, l’hypothèque Darlan levée – et il faudrait bien qu’elle le fût – un seul personnage, un personnage par essence au-dessus des partis, pourrait réconcilier les deux factions en présence et unir ainsi les fidèles de de Gaulle et ceux de Giraud. Pour lui, cet homme-là existait: c’était le comte de Paris. (Alain Decaux raconte. Perrin, 1980.) » 

Tarbé de Saint Hardouin, ministre des Affaires Étrangères au gouvernement de Darlan, remet à Darlan un message de Pose demandant un rendez-vous pour lui et les présidents des conseils généraux auprès de Darlan pour le 18 décembre (un courrier de ces mêmes présidents du 26 novembre était resté sans réponse). Darlan refuse d’accorder ce rendez-vous. 

François d’Astier avait rejoint Londres le 18 novembre 1942. Le 1er décembre il devient par décret l’adjoint direct de de Gaulle. Le 2 décembre de Gaulle demande à Churchill de faciliter par tous les moyens la mission de François d’Astier en Afrique du Nord. Quelques jour plus tard, il obtient l’accord d’Eisenhower. Le 14 décembre il adresse un télégramme à son représentant à Washington, Adrien Texier, l’informant de tout ceci. 

Le 18 décembre François part à Gibraltar et atteindra Alger le 19. Il fait prévenir Eisenhower de son arrivée. S’installe à l’hôtel Aletti. Darlan, au courant de son arrivée, convoque Murphy. Bergeret suggère de dialoguer avec François d’Astier ; il envoie en mission un lieutenant-colonel qui François d’Astier ferra attendre, pour finalement lui dire qu’il ne verra pas Darlan, ni Bergeret. Il aura ce soir-là une entrevue de deux heures en privé avec le comte de Paris. François lui demande de « liquider » Darlan. Le 20 décembre il reçoit à l’Aletti le président du conseil général d’Oran qui lui demande ce qu’il compte faire. « Darlan va disparaitre physiquement ». En fin d’après-midi, sous la pression du général Eisenhower, « il accepte de rencontrer Darlan. Au Palais d’Été, en présence du général Bergeret, du général Giraud, de Robert Murphy et de l’amiral Battet ». « Terminant cette scène pénible, le général d’Astier dit tout haut à l’amiral que sa présence était le seul obstacle à l’unité et qu’il n’avait rien de mieux à faire que de s’effacer au plus tôt. (Charles de Gaulle. Mémoires de guerre, tome II, L’Unité. Plon, 1956) ». Le lendemain, François d’Astier revoit Giraud et « lui demande de se rallier à de Gaulle ». Pendant ce temps-là le comte de Paris donne l’ordre d’exécuter Darlan. À l’Aletti, François reçoit et organise le Comité des trois (René Capitant, Henri d’Astier et Louis Joxe) pour préparer la venue du général d Gaulle en Algérie. François avait donné 40 000 dollars à son frère à cet effet.

Le 22 décembre François d’Astier quitte Alger. « Marc Jacquet annonce à plusieurs cadres de la banque dirigée par Alfred Pose, la BNCI, l’évènement qui va se produire deux jours plus tard. »

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Décembre 1942, Mario Faivre, Câble à Londres : L’amiral sera mort avant la Noël !

Extraits d’un entretien enregistré en vidéo de Mario Faivre par Nicole Cohen-Addad3 dans lequel il a confié ces témoignages de première main

« Nous les résistants d’Alger étions des traitres par rapport aux résistants de France. Nous acceptions la gouvernance d’un collabo ».

Sur le comte de Paris : « Le comte de Paris, avec l’accord de de Gaulle et de Giraud »

« De Gaulle avait donné son accord pour arriver à Alger. Bergeret avait donné son accord, pensant que de Gaulle serait neutralisé ».

Henri d’Astier à Mario Faivre : « Je sais que vous n’êtes pas pour cette affaire. On ne va pas vous ennuyer avec ça ».
« Ils ignoraient à cette époque-la que le comte de Paris avait eu des rapports avec Laval et même avec des officiers allemands ».
« Je dis que c’était une erreur ».

Bergeret, le général adjoint de Darlan : « je m’en sors si on se débarrasse de Darlan. Autrement si je continue à faire partie de l’équipe, je suis foutu ».
« Au Palais d’Été, il faisait partie du complot » (Mario Faivre parlant de Bergeret). 
« Cordier : Bergeret fait partie du complot ».
Compte-rendu de Bergeret pour la presse et la radio : « Darlan a été abattu par un groupe de Nazis envoyés par les Nazis qui ne lui pardonnaient pas d’avoir fait volte-face ».

Bonnier de la Chapelle est reconnu (son père était journaliste à la Dépêche Algérienne).

« Clark dans ses mémoires : j’ai considéré la mort de Darlan comme un acte de la Providence. L’abcès gênant était enfin crevé ».

« Emmanuel d’Astier devait aller à Alger. Il a refusé pour ne pas se mouiller avec un gouvernement dans les mains des collabos. François d’Astier a été envoyé en mission officielle, donc ne peut pas être accusé ».

Interlude : Mario, Darlan et la Flotte

Mario Faivre avait fait une proposition autour de lui d’un plan pour Darlan de se retirer dans le Constantinois pour rejoindre Vichy, et de sauver la Flotte. Pose, Jacquet et d’Astier : « Darlan est une ordure ; il mettra la Flotte contre nous ».
Mario Faivre note que la Flotte française avait un handicap : elle n’avait pas d’aéronavale. Et donc était dépendante de pays qui en disposaient.

François d’Astier est à Alger du 19 au 22 décembre 1942. 
À 17h Mario Faivre arrive chez Henri d’Astier. Il voit Pose, le ministre des finances, portant une cape trop grande pour lui. Madame d’Astier (femme d’Henri) annonce à Mario Faivre que « François (d’Astier) est dans la chambre à côté, avec le comte de Paris. Celui-ci est alité avec une crise de paludisme et des ulcères, dans le lit des d’Astier, portant le pyjama d’Henri. Cela fait deux heures qu’ils sont ensemble. On attend le résultats des pourparlers. » François repart à l’hôtel Aletti, puis au Palais d’Été où les Américains l’ont forcé à rencontrer Giraud, Darlan, « avec Bergeret qui faisait partie du complot ». Il est proposé à Darlan de se retirer, au Canada peut-être. Darlan : « Je suis le maître et le patron. J’y suis, je reste. Tout ce que je peux vous promettre, dans un temps qui restera à définir, c’est l’amnistie pour la France Libre ».
François d’Astier retourne à l’Aletti.
Le comte de Paris, en présence d’Henri d’Astier, de sa femme, et de l’abbé Cordier : « J’ai la certitude aujourd’hui que Darlan est un traitre. Il faut donc le faire disparaitre sans attendre. Après, c’est moi qui pourrait arranger les choses en étant le chef du gouvernement provisoire ». 
Henri d’Astier : « que signifie le faire disparaitre? ». Le comte : « Par tous les moyens. »
« Et Henri d’Astier de se demander comment cet Orléaniste qui n’a absolument aucun caractère a pu nous sortir cela ? » Henri à François : « Est-ce que c’est toi qui le lui a dit ? ». François : « Naturellement ».

François est sous ordre d’expulsion et doit regagner Londres dans l’heure. Pendant ce temps là, Alger est l’objet de bombardements, de riposte de la DCA. Il est impossible de continuer comme cela ; Darlan doit être exécuté sans délai. Henri d’Astier : « j’ai dit à Cordier, eh bien l’abbé, à vous de jouer. « L’exécuteur des grandes oeuvres, c’était Cordier ». 

Préparations : Bonnier de la Chapelle, l’abbé Cordier, la police et les autres
Bonnier s’entrainait comme d’autres au Cap Matifou, aux French Commandos. Sa fiancée habitait à l’étage au-dessus des d’Astier, rue Lafayette. Il croise Mario et Cordier, qui dit à Mario, c’est Bonnier, il a une voix grave.
Le 23 décembre le comte part à Siddi-Ferruch. 
Cordier dit à Jacquet : je prépare tout (les plans incluent les papiers préparés par la DST, la fenêtre ouverte au Palais d’Été, puis qu’il rejoindra la gare pour partir vers Gibraltar ; s’il est arrêté, Achiary a prévu qu’on abatte un Nazi prisonnier, que l’on substituera à Bonnier, et que Bonnier reparte. 
Jacquet demande à Mario : pas vous Mario? Cordier : impossible, il est trop connu. 

Le 24 décembre Jean-Bernard lui dit que c’est Bonnier qui fera l’acte.

« Les Anglais étaient au courant heure par heure. Ils avaient main mise sur les French Commandos (Corps Franc d’Afrique) au Cap Matifou, dans une ferme réquisitionnée ».
« En effet, les French Commandos étaient équipés, ravitaillés par les Anglais. Un capitaine de l’Intelligence Service (IS), soit-disant assigné au ravitaillement, savait qu’il y avait des tas de volontaires pour exécuter Darlan ». 
La femme du propriétaire de la ferme (Mme De Mangeat) reçoit sur l’oreiller des informations d’un certain Pierre Raynaud qu’elle transmet ensuite sur l’oreiller au capitaine de l’IS. Il apprend que c’est Bonnier et que ce sera pour demain après-midi. 
Câble à Londres : L’amiral sera mort avant la Noël !

Le 23 décembre Mario rend visite aux French Commandos. 

Le 24 il va au Cocardie, puis se dirige vers Le Paris (qui appartient à Louis Lalanne). « Le dr. Alquier m’avait donné une voiture. J’avais un permis de circuler, un permis de port d’armes, un autre de ravitaillement, tous anglais. Jean-Bernard (d’Astier, fils d’Henri) : « vient déjeuner avec nous au Paris. On attend un coup de téléphone qui nous apprendra que Darlan est mort. Bonnier a été amené par moi (Jean-Bernard), suivi par deux personnes de la DST. On nous appellera ».
Sur ce …Bonnier arrive. « Darlan n’est pas venu ». Il n’a pas pu l’abattre. Jean-Bernard à Mario : « Cordier voudrait te voir. L’inspecteur Schmidt n’est plus disponible. Peux-tu l’amener ? » Canfort et Duplan : « C’est nous les chefs de la police. C’est nous qui feront l’enquête ».
Jean-Bernard : « Je vais demander à Henri ». Il rentre au Paris. Il ressort : « tu l’amènes ». « Henri ne savait pas que c’était Bonnier qui avait été choisi ». 

Pierre Raynaud aux French Commandos avait reçu des déclarations écrites de Bonnier avant son départ, et il transmit cette information bien plus tard à Mario.

Se trouvent présents devant Le Paris André et Roger Rosfelder. Mario est inquiet. Tout le monde est au courant. Tout le monde saura que c’est Bonnier.
« On a essayé son arme donnée par le capitaine Watson (anglais) ». Il semble y avoir un problème de fonctionnement. Mario : « Je lui donne une autre arme que j’avais pris à un second maître de la gendarmerie maritime après l’avoir fait prisonnier, et que j’avais fait réparé »(arme réparée à l’armurerie de la rue de Chartres d’Émile et Florence Atlan).
Tout ce « monde » va au Palais d’Été. 

Chez les d’Astier, Pose annonce : « ça y est, Darlan est mort ».
Mme d’Astier : « Je dois avertir l’abbé, qu’il donne la confession à l’église Saint Augustin ». Mario conduit la voiture pour amener l’abbé. Un pneu crevé, l’abbé continue à pied.

Bonnier n’a pas pu s’échapper. Les problèmes commencent.
Bonnier devait être emmené à la DST (« c’est un Nazi ») selon le plan de La Tour du Pin. En fait, il est amené au Commissariat Central aux mains de la Police Judiciaire.  
« Avant tout sauver cet enfant ». Jacquet va chercher le comte à Siddi-Ferruch. Il lui annonce la nouvelle. Le comte se jette dans ses bras. Il le ramène à l’Algéria. Puis le comte déclare : « Quand même, cela va faire une tâche dans la maison de France ».
Achiary : « Je ne peux rien ».

L’idée d’une action militaire est envisagée mais abandonnée. Rigault et Robertie sont contre cette idée. Bonnier se retrouve devant un tribunal militaire.

L’Hostis, plus tard, transmit à Mario Faivre le témoignage d’un aspirant présent à ce moment-là. Il y eut un raid d’aviation. Tout le monde alla chercher un abri. Bonnier était seul avec l’aspirant, qui lui dit de profiter pour partir. Bonnier : « c’est contraire aux instructions que j’ai reçu de Cordier ». 

Mario Faivre amène Henri d’Astier au Palais d’Été. Henri en ressort une demi-heure plus tard. Henri d’Astier : « Giraud était formel. – Partez tranquille. Je ne ferai rien pour le moment ».

Noguès et Rigault font croire à Giraud qu’il est le prochain à être exécuté. 

Pose téléphone au Palais d’Été : « Si vous exécutez Bonnier, nous ferons n’importe quoi contre vous tous ». La réponse fut : « Vous êtes une vingtaine. Lorsqu’on vous aura arrêté, vous ne pourrez plus rien ».

À une heure du matin, Mme d’Astier et ses filles sont en pleurs. Bonnier a été exécuté.
La réponse de Giraud au comte de Paris : « C’est la loi du talion. Il a tué, il sera tué. Un point c’est tout ».
Giraud fait envoyer le comte au Maroc espagnol.  

Mario Faivre est arrêté à plusieurs reprises. Loffredo et Achiary interrogent Jean-Bernard d’Astier et Rosfelder.

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Commentaires de Geoffroy Dastier aux récits de Mario Faivre

« 1) Giraud n’avait pas donné son accord au complot, les conjurés étaient convaincus que son adhésion était acquise, c’est pourquoi le comte de Paris, avant l’exécution de Darlan, ne l’avait pas rencontré. De Gaulle non plus n’avait pas donné son accord explicite d’après le témoignage de mon grand-père recueilli par Jeanne Patrimonio le 22 février 1948. Il va de soi bien entendu qu’il souhaitait venir à Alger dès que les conditions le permettraient.

2) Bergeret n’est « entré » dans le complot qu’après l’exécution de Darlan : le comte de Paris l’avait alors rencontré pour obtenir son soutien pour être nommé haut-commissaire en remplacement de Darlan. 

3) La mission d’envoyer Emmanuel d’Astier à Alger au lendemain du débarquement a été annulée à cause de la prise de pouvoir de Darlan quelques jours plus tard. Emmanuel était parfaitement d’accord pour cette mission de contact avec Giraud. 

4) Dans son livre, (Nous avons tué Darlan, page 134), Mario Faivre raconte que l’entretien le 19 décembre entre mon grand-père et le comte de Paris a eu lieu dans la soirée et non pas à 17h00 : « Vers la fin de la soirée, de retour de la ferme De Mangeat, je passe rue Lafayette. Henri d’Astier et madame d’Astier, Cordier et Alfred Pose sont dans la salle à manger. (…) Comme le prince est alité depuis deux jours à la suite d’un accès de paludisme, le général est venu rue Lafayette. Tous deux sont en ce moment dans la chambre à coucher des d’Astier. »

J’ai reconstitué, heure après heure, l’emploi du temps de mon grand-père ce jour-là, et je confirme que cet entretien, qui a duré environ deux heures, s’est bien déroulé le soir à partir de 21h00 et non pas à 17h00 comme il l’a dit dans son entretien. 

– l’avion de mon grand-père est arrivé en début d’après-midi à l’aéroport militaire d’Alger (maison Blanche)

– mon grand-père s’est d’abord rendu au quartier général d’Eisenhower installé à l’hôtel Saint-George.

-Puis mon grand-père s’est installé à l’hôtel Aletti.

– Henri d’Astier est venu aussitôt le voir à l’hôtel Aletti. Henri lui a exposé en détails la situation.

-A 17h00 mon grand-père a reçu la visite du général Béthouart, assistant du général Giraud.

-A 19h00, mon grand-père, qui a commencé à dîner, a eu la visite du lieutenant-colonel Gibbon-Guilhem, de l’état-major de Bergeret, qui insiste pour que mon grand-père aille voir Bergeret. Mon grand-père le prend de très haut comme l’a noté Bergeret dans son journal de marche : « Je ne connais pas Darlan, ne lui reconnais aucun pouvoir. Bergeret est un petit général de brigade; moi, je représente 36  millions de Français et je suis l’invité du général Eisenhower, je n’irai voir ni Darlan ni Bergeret. »
-À 20h30 Henri d’Astier vient chercher son frère et l’amène à son domicile rue Lafayette où il rencontre le comte de Paris.
-À 23h00 mon grand-père retourne à l’hôtel Aletti
-À 23h30 Murphy vient voir mon grand-père à l’hotel Aletti
_ La confrontation entre Darlan et mon grand-père a eu lieu le lendemain, 20 décembre, en fin d’après-midi.

5) Louise d’Astier, la femme d’Henri, dans ses témoignages, n’a jamais dit que l’ordre d’exécuter Darlan venait de de Gaulle. Elle a toujours affirmé que c’était le comte de Paris qui avait donné cet ordre à Henri.

6) J’ai des sérieux doutes concernant le soi-disant câble du 23 décembre informant les Anglais à Londres que Darlan sera mort avant Noêl : la plupart des jeunes des Corps francs d’Afrique ont été dirigés vers le front avant le 18 décembre. Ceux qui n’ont pas été au front ont reçu l’ordre de quitter la ferme de De Mangeat et se sont installés à cette date dans une ancienne gare. Quant à Bonnier de La Chapelle, il a préféré louer un studio situé au 56, rue Michelet. Autrement dit, la ferme De Mangeat, au Cap Matifou, était désertée  durant la semaine précédent l’exécution de Darlan. Comment les Anglais auraient-ils pu être informé « heure après heure » alors que Bonnier lui-même n’a été informé par Cordier que la veille de l’attentat? » 

 

 

L’exécution de Darlan a été commanditée par François d’Astier de la Vigerie. De Gaulle en a-t-il été informé d’avance par François d’Astier ? Quant à Churchill, il est très probable qu’il était au courant avant l’action. Il ne cachait pas ses opinions sur Darlan, ni l’idée que cette situation d’un gouvernement de Darlan ne pouvait qu’être provisoire. Il ne parle plus de Darlan après le 19 décembre, date à laquelle François d’Astier arrive à Alger. Le 22 décembre Churchill écrit : « c’était la seule chose à faire ». François d’Astier avait reçu l’autorisation de Churchill et d’Eisenhower pour venir à Alger. Churchill se tourne ensuite très vite vers l’avenir : le 25 décembre, quelques heures après l’exécution de Darlan,  il envoie un brigadier en reconnaissance pour organiser ce qui sera la conférence d’Anfa. De Gaulle, de son côté, envoie le même jour à Giraud un message l’invitant à se joindre lui pour le futur de la France. Geoffroy « remet les pendules à l’heure » en ce qui concerne le déroulement des faits décrits par Mario Faivre dans son entretien oral bien des années après les évènements et aussi bien après la publication de son livre. Il reste encore à retrouver ce câble dont parle Mario Faivre et qui aura était envoyé à Londres. L’histoire ne s’écrit pas en une seule fois ; comme une dentelle, elle se fait, se défait, se refait, pour obtenir une pièce toujours plus achevée.

 

1. National Archives and Records Service, Franklin D. Roosevelt Library, Hyde Park, New York, Churchill to Roosevelt November – December 1942 (130 pages), regraded unclassified by British government 3/29/72
2. geoffroy.dastier.free.fr
3. https://collections.ushmm.org/search/catalog/irn81472 (aux environs de 13h sur la bande vidéo)

Ravivage de la Flamme jeudi 8 novembre 2018

Film du ravivage de la Flamme 8 novembre 2018

 

Photos du ravivage de la Flamme 8 novembre 2018

 

Le film et les photos sont d’Elsa Calando, fille de Jacques Zermati, qui dirigea la « prise » de la Préfecture d’Alger.

Sur la photo de membres, de gauche à droite : Francine Conchondon, dont the père, Félix Ayoun, est noté dans les annexes du livre de Michel Ansky (voir section Résistants dans ce site internet, 2e paragraphe) en tant que membre de la « salle Géo Gras », puis au groupe de la Préfecture, et aussi mentionné dans la liste des citations de 1946 à l’Ordre du régiment (sous le nom Hayoun Félix) ; Daniel Michard, dont le beau-père Henri Rosencher, fut un des Compagnons du 8 Novembre 1942 ; Christine Bouchara, dont le père Charles « Mickey » Bouchara, fut l’un des fondateurs de la salle Géo-Gras, et qui participa au groupe de la Préfecture, Elsa Calando (voir ci-dessus), Nicole Cohen-Addad, dont le père Raoul Cohen-Addad, participa à l’action au XIXe Corps d’Armée, et fut ensuite durant de nombreuses années le secrétaire général de l’Association de la Libération Française du 8 Novembre 1942.

Sur la photo du ravivage « collectif » de la Flamme, la présidente de l’association, Nicole Cohen-Addad, se trouve en 6e position de la chaîne du ravivage.

Conférence lundi 7 et mardi 8 novembre 2016

Compte Rendu des Rencontres des 7 et 8 novembre 2016

La cérémonie du ravivage de la Flamme, le 7 novembre au soir, à l‘Arc de Triomphe : 

Il faisait très froid!!! Nous avons eu tout de même la participation d’Elsa Calando, André Delas, Joël Abecassis, Bernard Valluis, Renée Wathier-Andreu, Andrée Bachoud-Tibika, Daniel Michard, Simy Herskovitch et Nicole Cohen-Addad. Les deux associations représentées ce soir-là étaient la notre et celle de la Légion d’Honneur du XVe arrondissement de Paris. M. Valery Giscard d’Estaing était présent et a engagé la conversation avec notre groupe par deux fois. Le général Dary, président du Comité de la Flamme, nous a autorisé à distribuer des plaquettes de l’association en fin de cérémonie. M. Constantin, en charge de la cérémonie, a demandé à en recevoir plusieurs exemplaires pour les membres du Comité de la Flamme.

Les Rencontres le 8 novembre, à la Fondation de la Résistance :

Le thème  en était : Les Services de Renseignements en Afrique du Nord, 1939-1945

Le film, Les Ombres de Casablanca, a été très bien accueilli. Il était très informatif.

Vous pouvez le visionner sur l’internet en utilisant les applications “Daily Motion” ou “You Tube”.

M. Jean Médrala, expert des Réseaux de Renseignements Franco-Polonais en Afrique du Nord, 1939-1944, nous a fait une présentation très fournie sur le sujet. Il a aussi participé å la discussion sur le film qui l’a précédé, et nous a notamment instruits sur les différentes étapes du système de codage Enigma des Allemands et les différents acteurs qui ont cassé les codes à travers les décennies.

M. Sébatien Albertelli, expert du BCRA, nous a renseigné sur sa création, sa structure et ses actions, en métropole et en Afrique du Nord. 

Guy Krivopissko, conservateur du MRN et conseiller historique de notre association a défini avec Nicole Cohen-Addad, lors de la Table Ronde, quelques projets discutés lors d’une première réunion d’historiens de l’association le 28 octobre 2016 : 

-publication, sur notre site internet, de noms des membres de l’Association de la Libération Française du 8 Novembre 1942 (environ 850), avec addition de biographies, l’information pouvant provenir de leurs familles, etc.

-portail internet sous l’égide du Musée de la Résistance Nationale

-travail de recherche sur les camps d’internement en collaboration avec le musée de l’Immigration

-Devenir des Compagnons du 8 Novembre 1942 durant la guerre d’Algérie

-Histoire de l’Association de la Libération Française du 8 Novembre 1942, à partir des archives de l’association, déposées au CNRS.

La présidente, Nicole Cohen-Addad 

Ravivage de la Flamme 7 novembre 2016

La cérémonie du ravivage de la Flamme s’est déroulée en présence du président Valéry Giscard d’Estaing, sur la photo, en pleine discussion avec un des membres de l’association, André Delas, ancien voisin et ami du général Germain Jousse, l’auteur du plan « Volontaire de Place ». Aussi présents sur la photo Joël Abécassis et Elsa Calando.

Autres entretiens vidéos

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Jean Daniel 16-12-2015

Paul Beladina 1-11-2012 A

Paul Beladina 1-11-2012 B

Pierre Barrucand 15-4-2016 A

Pierre Barrucand 15-4-2016 B

Pierre Barrucand 15-4-2016 C